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Jeux hybrides : près de quatre ados sur dix y jouent, selon l’enquête ENJEU-Mineurs

Machines à sous de démonstration, applications de casino « gratuites », coffres à butin dans les jeux vidéo : la frontière entre jeu vidéo et jeu d’argent devient floue, et les adolescents sont en première ligne. C’est ce que montre l’enquête ENJEU-Mineurs 2025, publiée le 19 octobre par l’ARPEJ, l’association de recherche et de prévention sur les jeux, en partenariat avec l’Autorité nationale des jeux (ANJ). Pour la première fois en France, une étude mesure à quel point les 15-17 ans pratiquent ces « jeux numériques hybrides », et ce que cela leur coûte.

Près de quatre adolescents sur dix concernés #

Selon le communiqué de l’ARPEJ et de l’ANJ, 39,0 % des 15-17 ans ont joué à au moins un jeu numérique hybride au cours des douze derniers mois. Les garçons sont un peu plus nombreux (42,4 %) que les filles (35,4 %). Le chiffre a été largement repris, y compris à l’étranger, par exemple par Gambling.com.

De quoi parle-t-on exactement ?

Les chercheurs ont retenu six familles de jeux situés à la croisée du jeu vidéo et des jeux d’argent : les casinos sociaux, les jeux de démonstration ou d’essai gratuits qui reproduisent des jeux d’argent, les jeux vidéo à mécaniques inspirées des jeux d’argent, les jeux vidéo avec loot boxes, les fantasy sports et les jeux Web3 dits « play-to-earn ».

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Les casinos sociaux méritent une précision. Ils reprennent toutes les mécaniques du casino, mais on n’y gagne jamais d’argent réel : on peut seulement payer pour obtenir des crédits ou débloquer des niveaux. C’est pour cette raison qu’ils ne sont pas juridiquement considérés comme des jeux d’argent, et qu’ils échappent à la régulation de l’ANJ.

Les jeux vidéo à éléments de casino en tête #

Dans le détail, la pratique la plus répandue concerne les jeux vidéo intégrant des éléments de casino, cités par 26,3 % des adolescents interrogés. Viennent ensuite les jeux d’essai gratuits sur des plateformes de casino (18,1 %) et les jeux de casinos sociaux (16,6 %). Autant de jeux que l’on trouve en quelques secondes sur un smartphone, souvent sans vérification sérieuse de l’âge.

Une minorité dépense, parfois beaucoup

La plupart des jeunes jouent sans payer : 15,6 % des joueurs de jeux hybrides déclarent avoir dépensé de l’argent. Mais parmi ceux qui dépensent, les montants peuvent grimper. Dans les casinos sociaux, 19,4 % des adolescents payants y consacrent plus de 50 euros par mois. Pour les loot boxes, les dépenses restent plus modestes : 38,7 % des acheteurs y laissent moins de 10 euros par mois.

Côté famille, 75,7 % des adolescents estiment que leurs parents connaissent leurs dépenses. Plus d’un sur dix pense en revanche que ses parents les sous-estiment ou les ignorent.

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Un lien net avec les problèmes de jeu #

Le résultat le plus préoccupant concerne le recoupement avec les vrais jeux d’argent, pourtant interdits aux mineurs. 58,8 % des joueurs de jeux hybrides pratiquent aussi des jeux d’argent et de hasard. Chez ces joueurs « mixtes », 26,0 % obtiennent un score élevé sur l’échelle de gravité des problèmes de jeu utilisée par les chercheurs, contre 3,9 % chez ceux qui ne jouent qu’aux jeux d’argent classiques. Et lorsque ces joueurs mixtes dépensent de l’argent dans les jeux hybrides, la proportion monte à 40,7 %, contre 14,1 % pour ceux qui n’y dépensent rien.

Les adolescents concernés rapportent aussi davantage de conséquences négatives : troubles du sommeil, stress, difficultés à réguler leur humeur.

Des mécaniques pensées pour retenir

Le volet qualitatif de l’étude décrit comment le passage du gratuit au payant est encouragé : récompenses aléatoires et rares, effets immersifs, notifications, événements limités dans le temps, promotions et mise en scène de l’ouverture des récompenses. Les chercheurs y retrouvent des biais bien connus des joueurs d’argent, comme l’illusion de contrôle ou le fait de continuer après une série décevante. Certaines de ces expériences peuvent servir de porte d’entrée vers les jeux d’argent réels.

La publicité joue aussi son rôle : 68,9 % des 15-17 ans disent avoir été exposés à des publicités incitant à parier, surtout sur TikTok et Instagram.

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Ce que préconisent l’ARPEJ et l’ANJ #

« Cette première étude en France met en avant la porosité entre les jeux d’argent et de hasard et d’autres types de jeux », souligne Pascal Chevremont, président de l’ANJ, qui évoque la « gamblification » du jeu vidéo et l’expérimentation des jeux à objets numériques monétisables (Jonum) ouverte par la loi SREN. Pour Emmanuel Benoit, directeur général de l’ARPEJ, « une sensibilisation précoce des jeunes aux risques associés à ces pratiques numériques est donc essentielle », avec les parents au cœur de la prévention.

Les bons réflexes pour les parents #

Concrètement, les outils existent déjà sur les téléphones. Les contrôles parentaux d’iOS et d’Android permettent d’exiger une validation avant tout achat intégré et de limiter l’accès aux applications selon l’âge. Vérifier régulièrement l’historique des achats sur le compte de paiement associé au téléphone reste le moyen le plus simple de repérer des dépenses inhabituelles. Et surtout, parler avec son adolescent des mécaniques de ces jeux, sans dramatiser, aide à les reconnaître pour ce qu’elles sont.

Pour les joueurs adultes comme pour les plus jeunes, le dispositif d’aide Joueurs Info Service reste à disposition. L’enquête complète, signée M.L. Tovar, P. Saliot et J.-M. Costes, est disponible auprès de l’ARPEJ, avec une synthèse en six pages.

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